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Publié : 2 juillet 2007

2006-2007

L’anneau des Granslin

Histoires du Puchot

1ère partie

L’anneau des Granslin

1690 à Elbeuf

Il pleuvait, des rats grouillaient sur les bords du Puchot, cela sentait les égouts. Les ouvriers travaillaient à laver la laine. Il y avait de l’humidité qui suintait des pauvres maisons. L’hygiène laissait à désirer.

Une femme vidait son broc aux pieds d’un arbre. Elle alla prendre de l’eau propre dans la rivière. Un homme coiffé d’un chapeau de paille tenait un bâton dans sa main qui le guidait. Lui aussi allait vider son seau. Puis, il retourna chez lui chercher les écheveaux qu’il devait nettoyer dans la journée. Chaque jour, il faisait les mêmes gestes : trempait, malaxait et roulait la laine.

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Il procédait de la même manière depuis des lustres, mais aujourd’hui, l’homme n’est plus très jeune, le poids de la laine mouillée le déséquilibra. Il essaya de se rattraper au bord de la source mais sa main glissa car c’était humide.

Il tomba dans le Puchot, se débattit et cria au secours. Mais, personne ne l’entendit et il s’évanouit.

2007 à Elbeuf

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C’était un beau jour d’été, on entendait les oiseaux chantonner, des chiens aboyaient, des bruits de voix, des klaxons. Un homme était allongé sur l’herbe. Il entendait au loin une voix qui lui demandait ce qu’il faisait ici et pourquoi avait-il voulu se noyer ? Le vieillard ouvrit les yeux et demanda sur-le-champ son bâton. Jean, un jeune Elbeuvien, se rapprocha de lui, le questionna sur l’utilité de ce bâton et le vieil homme lui répondit qu’il était aveugle. Cependant, le vieillard se redressa avec l’aide de Jean et lui demanda de l’aide pour récupérer sa laine ensuite de le conduire jusqu’à chez lui car il se sentait tout étourdi.

Le jeune homme accepta mais fut très surpris d’entendre l’aveugle lui dire qu’il habitait la rue Saint Jean. Cette rue n’existait plus et avait été remplacée par la rue Guynemer.

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Jean se demandait si cet aveugle n’était pas non plus amnésique… Celui-ci insistait en lui décrivant sa maison. C’était une des maisons en bois située au-dessus d’une échoppe de marchands de chevaux. Le jeune homme fut bien ennuyé car dans cette rue il n’y avait plus depuis belle lurette de maisons en bois mais en béton et recouverte de chaux. De plus, au rez-de-chaussée de l’immeuble c’était un magasin de vêtements de sport.

Jean observait l’aveugle et remarqua que ses habits étaient démodés, peut-être ceux de l’époque des premières manufactures. Alors, Il commença à se douter que l’homme était étrange, que son langage pas vraiment comme le sien.

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Cela le fit divaguer et il opta pour une curieuse idée : celle que cet homme ne venait pas de son siècle mais d’un autre, peut-être le 17ème siècle. Pour en avoir le cœur net, il lui demanda où il travaillait. L’aveugle lui répondit qu’il est laveur de laine pour une grande manufacture royale. A ce moment là, Jean fut certain que l’aveugle venait bien d’un autre siècle car au 21ème siècle il n’y a plus de manufacture en activité. Jean aimerait peu à peu faire comprendre à cet étrange personnage qu’il est au 21ème siècle. Il l’emmena dans la ville en lui annonçant qu’il allait le ramener dans sa maison en traversant le Puchot. L’aveugle lui demanda son prénom et il lui dit qu’il s’appelait Jean, en échange l’aveugle lui dit qu’il s’appelait Johan. Ils avancèrent vers l’église Saint Jean.

Jean décidai de lui narrer le paysage : au bord du Puchot un homme lavait la laine. Johan lui demanda si l’homme porte un chapeau de paille sur la tête.

Jean lui donna une réponse négative. Johan avait l’air déçu, son visage changeait. Le guide l’avertit de faire attention car une charrette passait devant eux rapidement et lui conseilla de ne plus avancer. Ils s’arrêtèrent brusquement. En fait, c’était un vélo mais Jean n’osait pas le lui avouer de peur de le choquer. Alors, il proposa à Johan de décrire sa demeure car il y en avait bien une en briques rouges au bord du Puchot. L’aveugle lui répondit que sa maison avait un toit à pignon sur une ferme débordante c’était pour ça qu’on la reconnaissait aussi elle avait des encorbellements avec des croix de Saint André sous les minuscules fenêtres à petits carreaux ; elle était tout en bois et le premier niveau en pierre. Jean ne comprenait pas tout ce vocabulaire architectural. Il resta songeur et réfléchit. Jean se sentait obligé de mentir à ce voyageur d’un autre siècle car à cet emplacement il y avait un magasin d’alimentation et que l’immeuble datait des années 1950 et ce bâtiment en béton avait quelques vitres cassées… Les deux hommes poursuivirent leur chemin. Jean priait pour la retrouver même s’il pensait que c’était impossible. Ils traversaient les tours du quartier Puchot où des enfants jouaient. Tout à coup, un ballon vint cogner la jambe de l’aveugle. Johan questionna Jean sur la chose qui l’avait touché. Jean lui répondit que c’était une balle. Johan fut étonné qu’elle ne soit pas lourde car habituellement, elle est en bois. Jean le rassura en lui expliquant que c’est une grosse pelote de laine. Le voyageur sourit à cette plaisanterie. Les enfants vinrent chercher leur ballon de football et s’excusèrent auprès des deux hommes. Puis, une sirène retentit et Johan eut très peur, à nouveau. Cette fois-ci Jean fut extrêmement embarrassé.

Il bredouilla que c’était le hennissement des chevaux. Johan semblait douter de quelque chose… Ensuite, le destin s’acharnait contre Jean : une voiture démarra sous leurs yeux et partit sur les chapeaux de roue. Johan avait doublement peur maintenant et recula contre un conteneur rempli de bouteilles de verre. Le guide lui annonça qu’il lui expliquera plus tard et pour le bruit du moteur il aimerait lui dire la vérité mais il ne peut pas.

A la tombée de la nuit, les deux hommes étaient toujours en train de déambuler dans les rues d’Elbeuf. Jean ne retrouvait plus la maison de Johan et pour cause… Fatigués, il lui proposa d’aller chez lui.

C’est une maison sur deux étages. Les deux hommes montaient au premier niveau qui était le salon. Jean lui présenta une chaise, l’aida à s’asseoir et lui proposa de l’eau dans un bol en grès. Johan reprenait ses esprits. Il fouilla machinalement dans ses poches pour chercher s’il n’avait pas quelque chose pour le remercier à son tour. Il en sortit un papier roulé. Johan demanda à Jean ce que c’était. Il ne se souvenait plus avoir eu ceci dans la poche. Le jeune homme le déroula et vit des écritures. Il lut tout haut en écorchant les mots : « Pronepos et annulus reperire debent ad reundum in vestro saecuelo ».
Traduction : « arrière-petits-fils et anneau doivent être retrouvés pour retourner dans votre siècle »

Jean cherchait à traduire, il n’avait pas fait de latin depuis la cinquième… Alors, il prit son vieux gaffio qui se trouvait dans un carton. Ce dictionnaire de latin était un peu poussiéreux mais il arriva à traduire péniblement. En lisant, il saisissait le sens de l’énigme, Jean était dérouté. Il ne comprenait pas la réelle signification. Alors, il se mit à se demander s’il n’y avait pas de lien de parenté entre lui et cet homme. Cette hypothèse farfelue lui effleura l’esprit.

A ce moment là, Jean eut l’idée d’interroger Johan sur son nom de famille. Le vieillard lui répondit qu’il s’appellait Granslin. Comme lui ! Alors, Johan était son descendant et que lui était son arrière- arrière-arrière petit-fils. Tout à coup, il décida de tout révéler à Johan. Mais il attendait de retrouver l’anneau car peut-être que le vieil homme ne supporterait pas le choc.

Alors, il chercha dans son carton et trouva un sac rouge qu’il ne connaissait pas. Il l’ouvrit et en sortit un anneau sculpté qui représentait une tête de mouton…

Jean savait que le symbole d’Elbeuf était une tête de mouton pour cause des manufactures. Il se souvenait aussi de son grand-père Granslin qui dirigeait une tannerie et que celui-ci lui avait raconté une légende sur cette fameuse bague qu’il n’avait jamais vue. Aujourd’hui, elle était sous ses yeux. L’histoire disait que, lorsqu’on retournait le chaton de l’anneau, l’espace temps changeait. Jean n’y avait pas cru, maintenant il avait des doutes. Pour vérifier, il se rappela que son grand-père lui avait confié également qu’autour de l’anneau une inscription y figurait. Cependant, le jeune homme regarda la bague de plus près et vit une phrase gravée autour de l’attache. Au contraire du papier qui était dans les poches de Johan, la phrase était ciselée en langue française et conseillait de retourner le chaton pour rejoindre la source.

Stupéfait, Jean se répéta que tous ces éléments convergeaient : le descendant à retrouver, l’anneau à découvrir, le chaton à retourner et la source à rejoindre. En conséquence, Jean décida conduite Johan jusqu’au Puchot même si la nuit était bien avancée…

Pendant la route, le petit-fils raconta toute la vérité à Johan et lui avoua qu’il est heureux de l’avoir rencontré mais aussi qu’il regrettait de lui avoir menti dans l’après-midi au sujet de ce qu’il s’était passé dans les rues d’Elbeuf. D’abord, Johan n’en crut pas un seul mot puis accepta. À son tour, il lui confessa que cette aventure était extraordinaire et que lui aussi était heureux de l’avoir connu.

Les deux hommes arrivaient à la rivière. Ils se dirent adieu. Johan serrait fortement la main de Jean. Puis, le jeune homme sortit l’anneau de sa poche et le lui donna.

Johan le prit à l’envers et l’enfila à son index droit – comme il se devait. Le petit-fils, une derrière fois, posa sa main sur l’épaule de Johan en guise d’amitié. Alors, Johan, encore très frêle tomba pour la seconde fois dans le Puchot, Jean voulut le rattraper…

1690 à Elbeuf

Deux hommes allongés sur l’herbe au bord de la rivière semblaient dormir. Il pleuvait. Les rats grouillaient sur les bords du Puchot. Une femme remplissait son broc avec l’eau du Puchot. Un homme coiffé d’un chapeau de paille ramenait son seau où les écheveaux de laine dépassaient. L’atmosphère était suintante, la ville se réveillait. Il leva la tête et aperçut ces deux hommes qui semblaient en train de dormir, il hésita un instant et reconnu Johan et son fils. Alors, il avance vers eux…

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